Le lendemain il allait louer une place de coupé dans la diligence de Nantes. Il s'était présenté successivement chez deux des chefs légitimistes de Paris; mais ceux-ci n'avaient pas pu le recevoir.

Maintenant, quittons ce misérable jusqu'à l'heure maudite où il rentrera de nouveau dans le cadre de ce récit. Aussi bien le cœur se soulève à raconter de telles choses.

Et pour effacer la trace infâme, retournons en Vendée, où tant de nobles gentilshommes allaient se battre, et allaient mourir, le sourire aux lèvres, et ayant au cœur le contentement sublime du devoir accompli.

Il ne faut rien moins que la pensée des grandes choses de Vendée, le spectacle de l'épopée royaliste pour nous chasser du cœur l'impression de dégoût que de telles hontes y font entrer…

XXIV

VIEILLEVIGNE

Les chouans de Jean-Nu-Pieds et de Henry de Puiseux arrivèrent à
Vieillevigne à l'heure dite. L'engagement était déjà commencé.

Lorsque s'était levé le soleil de ce grand jour où, pour la seconde fois, les Vendéens allaient livrer un combat sérieux, Madame, entourée de son état-major, ayant à sa droite M. de Charette et à sa gauche M. de Coislin, regardait attentivement le village de Vieillevigne, qu'il s'agissait de conserver, comme ligne d'attaque, et un monticule placé sur la gauche, où Charette venait d'envoyer cent cinquante hommes, afin d'empêcher les bleus d'opérer un mouvement tournant.

Les paysans étaient pleins d'enthousiasme. Les villes ne donnent plus à leurs enfants d'aussi chauds dévouements. L'homme de la campagne est habitué à vivre en liberté, en contemplation éternelle de la nature, qu'il ne comprend pas, mais qui agit sur lui à son insu.

De même qu'à Château-Thibaut, ils s'étaient mis à genoux et priaient.