—Laissez-moi retourner là-bas… disait Madame,… Ma place n'est pas ici… elle est auprès de ceux qui meurent.
Charette ne répondait pas. Il continuait de traîner après lui le cheval qui râlait.
Déjà il avait deux fois butté contre une pierre: une chute ferait perdre cinq minutes et, en cinq minutes, ils tombaient entre les mains des bleus, et, Madame prisonnière, tout était perdu.
On distinguait nettement la figure des dragons, collés droit sur leurs selles, et dévorant la lande…
Une troisième fois le cheval de Madame heurta son sabot contre une pierre… Il plia sur ses jambes et s'abattit…
Les dragons virent cela et poussèrent une exclamation de joie.
Charette enleva Madame de la selle et la transporta sur la sienne; puis il sauta à bas de son cheval.
—Je ne vous abandonnerai pas! dit-elle avec douleur.
—Madame, vous prisonnière, tout serait perdu. Moi… qu'importe! Pensez à votre fils, pensez à la France.
Et le noble gentilhomme frappant le cheval, qui partit au grand galop, resta seul, en face de ses ennemis.