Charette n'hésita pas, il saisit la bride du cheval et, malgré les prières, malgré les ordres mêmes de Madame, qui lui interdisaient de l'arracher à ce qui était pour elle le devoir, il l'entraîna hors de la mêlée. Les bleus, aveuglés par la fumée, enivrés par la poudre, tirèrent quelques coups de fusil de ce côté; mais heureusement aucun d'eux ne porta.

Tout à coup, en détournant la tête, Charette s'aperçut qu'on avait lancé après eux cinquante hommes de cavalerie.

Il enfonça ses éperons dans le ventre de son cheval, entraînant toujours après lui le coursier de la princesse.

Mais, déjà, il donnait des signes non évidents d'une lassitude profonde. La blessure qu'il avait reçue au côté, bien que peu profonde, l'affaiblissait.

Les dragons ennemis paraissaient au loin à deux cents mètres environ.

Le gentilhomme fuyait toujours, traversant en biais la lande de
Vieillevigne, pour gagner un petit bois qui entourait la ferme de Rassé.

Une fois dans ces arbres, la poursuite devenait impossible pour des cavaliers, et la princesse était sauvée. Il n'y avait pas à craindre qu'ils se servissent de leurs mousquetons, à supposer même qu'ils arrivassent assez près. Ces hommes avaient reçu l'ordre de prendre Madame vivante, et non de la tuer.

Les chouans s'étaient aperçus de la disparition de Petit-Pierre. Ils ne se battaient plus que pour couvrir la retraite de leur chef.

Ah! s'ils avaient pu voir l'expression de son visage! Madame pleurait! Quoi! elle fuyait, tandis que ses braves amis se faisaient tuer pour elle! Elle ne se disait pas que son devoir n'était pas de mourir, mais de vivre; que la Régente de France ne pouvait pas tomber dans une lande bretonne avant d'avoir accompli son œuvre, ou d'avoir échoué.

… Les cavaliers se rapprochaient.