Il s'était formé à l'arrière du village une sorte de fourmilière humaine où s'entre-croisaient les soldats: Madame s'y jeta.
Les bleus savaient que c'était elle, par sa présence, qui animait les masses, et l'on raconte que plus d'un reculait, frappé de l'héroïsme de cette femme qui, pour lui, devenait reine avant la mort. Charette ne l'avait pas quittée un instant. Toujours à ses côtés, le gentilhomme vendéen ne pensait qu'à détourner de la Régente de France les coups qui la menaçaient.
Pendant une demi-heure environ, la lutte parut se rétablir à l'avantage des chouans.
Pas un qui n'aurait eu honte de fuir.
Deux fois les bleus reculèrent. Mais à chaque trouée faite dans leurs rangs, on voyait reparaître derrière des bataillons frais, se resserrant toujours. C'était une mer d'hommes et de fumée.
Madame comprit bien que tout était perdu. Mais elle ne voulait pas fuir.
Tout à coup, les siens, qui ne la quittaient pas des yeux, la virent disparaître.
Ce fut un long cri de rage et de désespoir.
On la crut morte, tuée.
Cette chute ne dura que l'espace de quelques secondes: le cheval de la princesse avait reçu une balle au flanc et s'était abattu; mais comme s'il eût deviné qu'il portait la mère du roi de France, il se releva d'un bond.