Une chaise de poste et deux chevaux sellés attendaient à la porte. Le marquis y monta, après avoir fait placer les deux cercueils dans la voiture. Jean et Aubin Ploguen sautèrent en selle.
Le duc d'Angoulême ayant accordé un congé au baron pour rendre les derniers devoirs à ceux qu'il avait perdus, Jean était libre d'accompagner son père à Kardigân.
On comprend combien fut triste un voyage accompli dans de pareilles conditions.
La seule joie du jeune homme était d'apercevoir à travers les portières de la voiture la tête pensive de son père.
Ils arrivèrent à Kardigân par une belle matinée du mois d'avril.
L'inhumation eut lieu dans le cimetière de la famille.
Puis tous les deux reprirent leur vie d'autrefois, quand Jean n'était pas encore parti pour Paris.
M. de Kardigân se courbait tous les jours de plus en plus. Sa tête blanche prenait des teintes verdâtres, par instants, qui inquiétaient la tendre sollicitude de son fils. Aubin Ploguen lui-même restait muet. On sentait qu'un vent de désolation soufflait sur cette maison naguère si fortunée, si enviée.
Un matin, Jean reçut une lettre de Paris. Il tressaillit en reconnaissant l'écriture de Philippe.
La lettre était déchirante.