—On ne peut pas prêter deux fois le même serment.
Cette réponse, que nul ne comprenait, fut rapportée à dom Sanche, qui, conseillé par son cousin et son favori dom Alphonse, marquis d'Algarac, voulut exiler le comte. Seulement, en souvenir de l'amitié que son père avait éprouvée pour le vieillard, il se contenta de l'éloigner de la cour en lui donnant le commandement de la ville forte d'Oporto.
Quinze autres années se passèrent pendant lesquelles dom Sanche sembla prendre à tâche de soulever son peuple contre lui. Il mécontenta son armée, doubla les impôts et fit alliance avec les Maures.
Alphonse, le mauvais conseiller du roi, crut le moment venu de démasquer sa traîtrise.
Il prit le palais de vive force, déclara dom Sanche indigne et l'enferma au monastère des Bénitès.
Le Portugal laissa faire. Il était las de son ancien maître.
Seul, le comte de Kardigâne refusa de reconnaître l'usurpateur et de lui rendre la place d'Oporto.
—J'ai de l'honneur plein ma vie, dit-il au député d'Alphonse, qui le sommait de lui donner les clefs de la ville. Je ne deviendrai pas infâme à soixante-dix ans!
Quand le député fut parti, Kardigâne rassembla ses troupes,—trois cents hommes!—il fit lever les herses, remplir les fossés d'eau et les magasins de nombreuses provisions.
Un mois après, il était assiégé.