Le siége dura cinq ans.

Kardigâne avait une trop petite armée pour prendre l'offensive et tenir la campagne. Il se contentait de repousser les assauts qui étaient donnés à la citadelle.

Le chef des assiégeants ne se lassait pas, car il se disait que, s'il ne pouvait dompter Kardigâne par la force, il aurait, un jour, raison de lui par la faim.

En effet, les vivres étaient presque épuisés.

Le comte en fit une distribution plus rare; puis il ne donna plus que des demies et des quarts de ration.

Un matin, l'intendant de la citadelle lui déclara qu'il n'y avait pas, dans toute la ville, de quoi faire un pain d'enfant.

Alors on tua les chevaux et on les mangea.

Après les chevaux, on poursuivit les chiens, les chats et les rats.

Les animaux disparus, Kardigâne fit bouillir les harnais et les selles; mais la peste décimait la garnison. Pendant ces cinq ans, les deux tiers avaient été tués.

Des cent derniers, la maladie en prit soixante.