Ces ruines dressaient leurs murailles démantelées. Chacun d'eux se plaça derrière, et un silence profond régna. Ce silence ne fut troublé que par la voix d'appel qui disait:
—C'est fini… c'est fini… nous mourons.
Fernande faillit jeter un cri qui les aurait livrés, quand elle entendit ces mots. Quoi! ils seraient perdus les héros qu'on pouvait sauver, ils seraient perdus parce que des soldats auraient passé sur la route…
La vie humaine se compose d'émouvantes et terribles situations. Les hommes qui étaient ensevelis dans ce sépulcre n'étaient plus séparés de la vie, de l'air, que par un étroit obstacle, et cet obstacle on ne pouvait le renverser.
Cependant les soldats marchaient sur la route parallèlement aux ruines. Ainsi que l'avait dit le paysan, ils étaient trente. A les voir insouciants et gais, on devinait aussitôt qu'ils ne se doutaient pas qu'un terrible drame se jouait si près d'eux.
L'affaire du château de la Pénissière était devenue fameuse en quarante-huit heures. Les trente soldats et le lieutenant qui les commandait s'arrêtèrent pour regarder la place où s'était livré ce fameux combat…
—Alors ils sont enterrés là dedans, dit l'un?
—Oui, reprit un autre.
—Ils doivent avoir chaud!
—Pauvres gens! murmura un sergent en mâchant sa moustache grise.