Avec sa délicatesse féminine si exquise, Madame comprit le trouble intime de la jeune fille.

Elle lui prit la main, et lui montrant une des chaises:

—Asseyez-vous là, mon enfant, dit-elle. Parlez, et ne craignez rien. Personne autre que moi ne vous entend. Puisque c'est à moi que vous avec voulu confier le soin de votre bonheur. Eh bien!… parlez!

Fernande se sentit gagnée aussitôt par l'expression pleine de bonté du langage de Madame.

—Laissez-moi vous dire, reprit-elle plus bas… Votre Altesse doit connaître mes angoisses et mes combats avant le jour où je me suis décidée à venir me jeter à ses pieds…

La première fois que je l'ai vu…, je vivrais cent ans que je me rappellerai toujours cette heure-là!… La première fois que je l'ai vu, c'était par une belle matinée d'été. Le soleil était radieux, et au dehors l'émeute grondait. C'était le 29 juillet 1830.

Madame pâlit un peu. Le souvenir de ces temps néfastes l'impressionnait toujours.

—Il venait remplir son devoir. Le Roi lui avait ordonné de mourir, il allait à la mort. Par bonheur, Dieu m'avait mise sur son passage… j'eus la joie de le sauver. Mais quand il partit, oh! Madame, je sentais bien qu'il ne partait pas seul et que mon cœur s'en allait avec lui. De longs mois se passèrent. Enfin, un matin, je sentis mon cœur battre violemment, j'eus le pressentiment que j'allais le revoir. Et, en effet, on vint m'avertir qu'il me demandait…

La jeune fille s'arrêta.

—Oh! que je fus heureuse! Je me suis dit bien souvent que j'avais expié depuis toutes mes joies d'un seul moment. Il venait dire qu'il m'aimait, que depuis notre rencontre, il n'avait pas cessé de m'aimer… Il venait dire que c'était à moi de décider si je consentais à devenir sa femme.