Elle regarda plus distinctement, et aperçut nettement la silhouette d'un homme, qui se détachait en gris sur le fond du massif. Alors la même idée qui lui était déjà venue passa de nouveau dans son esprit.

Elle se rappela cet homme inconnu qui, dans la lande de Château-Thibaut, avait voulu enlever la jeune fille; elle se rappela cette apparition entrevue dans la ferme de Rassé, quand Madame était venue apprendre le sanglant dénoûment du combat de la Pénissière.

Les philosophes ont discuté toujours, et en tout temps, sur la spontanéité du bien et du mal dans les esprits. Ils auraient dû reconnaître que le mal y germe plus aisément que le bien. La première pensée de Jacqueline fut une pensée juste, à son point de vue. Elle voulut trouver un allié, peut-être un vengeur, dans ce guetteur mystérieux qui espionnait Fernande.

Doucement, sans bruit, elle descendit l'escalier qui menait de la grande cuisine aux chambres de la ferme, et tourna la porte de bois sur ses gonds. Devant elle s'étendait le jardin. Elle y entra. Elle marcha droit au taillis. Il lui sembla qu'un frôlement de branches décelait que sa présence y était connue. Mais elle souleva les branches et se glissa sous les arbustes.

Elle ne s'était pas trompée. Un homme était là; il fit un mouvement de retraite quand il aperçut Jacqueline. Mais celle-ci lui prit le bras et dit avec fermeté:

—Je viens pour vous!

L'homme la regardait de l'air contrarié d'un espion qui se voit découvert.

—Je viens pour vous, répéta la jeune femme; vous n'avez rien à craindra de moi. Je suis peut-être votre amie.

À coup sur, cet individu n'était pas un habitant du pays, bien qu'il portât le costume de paysan. Ses mains n'étaient pas rudes comme celles des gars bretons.

—Écoutez-moi bien, continua la Pâlotte, je vous connais; je sais ce que vous voulez. Ne vous ai-je pas surpris deux fois déjà guettant et espionnant? Vous surveillez mademoiselle Grégoire. Eh bien! je vous propose de vous la livrer.