Jacqueline parlait là un peu au hasard. Elle ne pouvait rien savoir, mais ses pressentiments, accrus par la jalousie, lui disaient qu'elle ne se trompait pas.
L'homme ne la quittait pas des yeux. Il paraissait vouloir creuser jusqu'au fond de l'âme de celle qui lui parlait, pour savoir s'il pouvait se fier à elle. Jacqueline ne baissa pas son regard sous le sien, et le soutint avec tranquillité.
L'homme se pencha en dehors du taillis pour voir si personne ne venait, et lui dit:
—C'est bien. Suivez-moi!
Quelques instants après, ils débouchaient ensemble sur la route.
Pas une nouvelle parole ne fut échangée entre eux. Ils se comprenaient: l'un demandait qu'on trahît, l'autre voulait trahir; il n'était pas besoin qu'ils s'expliquassent davantage.
L'individu marchait si rapidement que la Pâlotte avait peine à le suivre. Il s'arrêta devant un des petits bois qui entouraient la ferme et siffla.
Un sifflement aussi léger que le sien lui répondit. Il resta immobile, muet toujours. Quant à Jacqueline, elle ne cherchait même pas à avoir une explication sur les choses étranges qu'elle voyait.
Depuis les jours passés en Bretagne, elle avait pris l'habitude du mystère. Presque aussitôt, les feuilles s'agitèrent, et un autre homme, également vêtu en paysan, parut tirant par la bride un cheval attelé à un cabriolet.
Le cabriolet entra sur la route. Le second individu s'installa sur le siège, pendant que le premier dit à Jacqueline: