C'était, en effet, une imposante scène dans sa simplicité que cette reine, mère d'un roi et fille d'un roi, obligée de se déguiser et de cacher ses membres délicats sous la bure grossière d'un vêtement de paysan; que cette belle et jeune femme, reléguée, elle la plus grande dame de France, dans une pièce sombre, à peine éclairée d'une chandelle fumeuse, meublée à la hâte, et se demandant si, à l'heure même, un des siens ne mourait pas obscurément pour la défendre?

Cette antithèse violente du passé et du présent la saisit au cœur et la fit penser.

On la sollicitait donc encore, elle dont la tête était mise à prix!

Puis ses yeux se reportèrent sur la pauvre jeune fille inclinée devant elle, et qui venait «lui demander la vie…» Alors elle se jura intérieurement de tout faire pour lui rendre ce bonheur perdu, et quoi qu'elle sollicitât, de ne la quitter que joyeuse et consolée…

Fernande attendait un mot de Son Altesse pour continuer son récit, quand, au loin, à travers la nuit, on entendit retentir le galop effréné de plusieurs chevaux sur le pavé de la route.

Par instants, le vent tiède apportait le hennissement des montures.
Madame ouvrit la fenêtre et appela. Un paysan se présenta.

—Mon gars, va à la découverte… et sache qui nous arrive.

Le gars prêta l'oreille.

—Je le sais, Madame… c'est mon maître Jean-Nu-Pieds qui revient.

—Lui! dit la princesse, et elle regarda Fernande qui chancela.