—Pauvre fille!
—Oh! oui, pauvre fille… Trop heureuse encore si mes malheurs avaient dû s'arrêter là. J'ai vu, au milieu de la nuit, les deux frères, armés l'un contre l'autre, l'épée à la main, ne se reconnaissant pas; j'ai vu mon fiancé tomber blessé… Je pouvais croire tous mes malheurs, toutes mes angoisses finis, car j'étais auprès lui, et mon père ne pouvait plus me forcer d'épouser un homme que je n'aimais pas, puisque le mari qui me destinait était le frère de mon fiancé… Il se retirait, me laissant libre… Mon cœur s'ouvrait à l'espérance et à la joie… Libre et aimer, que pouvais-je souhaiter de plus?
Madame était fort émue. Elle savait avec sa haute intelligence, que la vie cache des drames sombres, bien plus impressionnants que toutes les créations des poëtes, mais elle ne croyait pas que rien pût atteindre à un pareil degré.
—Continuez votre confession, mon enfant, dit-elle. Vous avez bien fait de ne me rien cacher. Je ne comprends pas encore comment je pourrai vous être utile; mais, pour peu que ce soit possible, ou que cela dépende de moi, je vous promets que vous ne regretterez point d'être venue vous jeter à mes pieds.
Fernande saisit la main de Madame et la baisa. Une larme brûlante roula de ses yeux et tomba sur cette main.
—Allons, du courage, chère petite… Qu'avez-vous donc à me demander?
—J'ai à vous demander la vie, Altesse, et c'est pour cela que vous me voyez si émue.
Cette simple réponse remua profondément la Duchesse. Elle était partie du cœur et la touchait au cœur.
Machinalement, elle regarda autour d'elle, et hocha tristement la tête. On venait lui demander la vie, et l'implorer, et la supplier, le soir d'une défaite, lorsque l'étoile de sa race semblait pâlir!
Ses aïeux recevaient les solliciteurs dans leur palais, resplendissant de lumières et de luxe, gardé par des soldats qui portaient les plus illustres noms du royaume. Elle, elle recevait dans une humble chambre d'une ferme de village…