Elle s'arrêta. Puis courbant le front:

—Madame, reprit-elle, je ne vous ai pas encore nommé celui auquel j'appartiens devant Dieu. Il faut que vous connaissiez son nom pour comprendre l'horreur où j'ai été jetée: c'est le marquis de Kardigân!

—Jean-Nu-Pieds!

—Oui, madame…

—Vous avez bien choisi, mon enfant, et votre cœur ne s'est pas trompé. Celui-là est, en effet, un vrai gentilhomme, et le digne fils des chevaliers d'autrefois.

—Vous avez connu, madame, les catastrophes répétées qui ont brisé cette famille…

La princesse fit un signe affirmatif.

—Des quatre enfants, il n'en restait qu'un seul de vivant: Jean… L'autre fils, Philippe, était pour son père et pour son frère, mort, car il avait renié la croyance de ses aïeux…

—Les Kardigân sont grands à mes yeux, dit noblement Madame. Ils ont plus fait que dix générations, à eux seuls. J'ai oublié la chute de l'un d'eux…

—Vous l'avez oubliée, vous, madame, parce que le cœur de Votre Altesse Royale est bon et élevé… mais le père, le vieux gentilhomme, l'ancêtre, ne l'avait pas oubliée, lui! Il avait chassé, au mépris des lois des temps modernes, son fils renégat de sa famille. Il lui avait arraché son nom, en lui disant: «Les Kardigân ne te connaissent plus. Va-t'en de ma famille!» Et le fils avait obéi. Il avait changé de nom… Et c'était lui que mon père voulait me faire épouser.