La princesse témoigna au marquis sa joie de le trouver vivant. Après une telle aventure, elle avait désespéré de le revoir.

Le paysan était resté auprès d'Aubin Ploguen et d'Henry de Puiseux.

Dans cette humble chambre que nous connaissons s'étaient réunis les principaux chefs royalistes. Debout au milieu d'un groupe parlait un homme. Jean-Nu-Pieds le reconnut aussitôt: c'était M. Saincaize.

Le lecteur, nous l'espérons, n'a pas oublié ce type de M. Saincaize, qui représente si bien le royaliste pleurard et sentimental, mais craintif comme la poule qui a vu l'aigle.

M. Saincaize ressemble aux hommes politiques de toutes les opinions, qui ne se compromettent jamais, et craignent par-dessus tout de s'affirmer; ils défendent leur parti, s'il n'est pas au pouvoir, jusqu'à la concurrence de ce qui peut déplaire au gouvernement existant. Leur opposition n'est jamais beaucoup plus sincère que leur conscience. Ce n'est pas à ces gens-là qu'il faut demander ce dévouement irréfléchi qui ne calcule ni le danger ni l'oppression.

M. Saincaize parlait, disait-il, au nom du comité parisien, et venait adjurer Madame de renoncer à cette guerre de Bretagne restée sans résultats.

Madame se tourna vers Jean:

—Marquis, dit-elle, ces messieurs ont déjà formulé leur avis; j'ai désiré connaître le vôtre. Parlez!

M. de Charette fit à M. de Kardigân un signe qui lui indiquait que la majorité des chefs royalistes était pour la cessation des hostilités.

Jean-Nu-Pieds s'inclina devant Son Altesse Royale; puis, d'une voix ferme: