Si Fernande avait eu sa raison présente, elle aurait reconnu ces bois où ils passaient. C'était là que les Vendéens avaient campé dès le début des hostilités; c'était là que Pinson était arrivé à la suite de cette petite et valeureuse armée… Un rossignol chantait au sommet d'un hêtre. Malgré elle, le chant du poëte ailé lui rappelait sa mélodie préférée:

Mon ami vient de s'en aller,
J'en ai le cœur tout en peine.
Vint un gars sous le grand chêne,
Qui voulut me consoler;
Mais je lui dis: «Celui que j'aime,
Beau gars, ce n'est pas toi…
Hélas! il est bien loin de moi,
Celui que j'aime!»
Je ne peux pas me consoler;
Mon ami vient de s'en aller.

Pauvre Fernande! où allait-elle ainsi? vers quelle destinée inconnue? vers quelles souffrances nouvelles?

Ils avaient fait environ une demi-lieue dans la forêt en suivant ce chemin qu'ils avaient pris au sortir de la route. À quelque distance paraissaient des ombres à moitié dissimulées entre les arbres. Puis dans cette espèce de décor que produisaient, la nuit, des lumières entre les feuilles, on voyait courir et se presser des hommes vêtus de souquenilles en lambeaux et d'uniformes en loques.

Fernande regardait avec angoisse, car il lui semblait que des paroles de colère venaient jusqu'à elle.

—Est-ce là? dit-elle,

—C'est là.

Le cabriolet se rapprochait du campement.

Au moment où la vue de la jeune fille put embrasser tout le tableau, elle jeta un cri d'épouvante et d'horreur.

Un homme était attaché à un arbre par les pieds et par les épaules; ses mains, liées derrière son dos, l'empêchaient de faire un seul mouvement. À ses côtés veillaient deux sentinelles, armées de fusil et à mine farouche.