XVI

UN MOIS PLUS TARD

Nous sommes au milieu du mois de juillet, c'est-à-dire un mois environ après les événements qui précèdent. Depuis trente-deux jours, Madame est cachée à Nantes. La police le sait, l'autorité militaire le sait, et cependant toutes leurs tentatives pour connaître sa retraite sont restées vaines.

À Paris, le gouvernement s'impatiente. La Chambre des députés murmure. Les juste-milieu, les hommes du ventre, comme on les appelle, ont hâte de jouir. Pensez donc! Cette princesse, cette proscrite, qui veut combattre! cela les gêne.

Le roi des Français commence à passer de mauvaises nuits. Cette disparition de Marie-Caroline de Bourbon l'épouvante. Il craint que tout le monde conspire contre lui. Il ne se dit pas que c'est une femme, dépouillée par lui, dont le fils a été indignement volé; il ne se dit pas que cette femme souffre, pleure: que lui importe! Ils ne sont pas de la même famille. Après les journées de Juillet, il l'a dit sur les murailles de Paris. Le peuple le sait, car il se rappelle ces énormes affiches sur lesquelles il a lu:

LES D'ORLÉANS NE SONT PAS BOURBONS, MAIS VALOIS

Le roi des Français commence à douter, de l'habileté de ses serviteurs, de Montalivet lui-même. On lui a promis un traître. Où est le traître?

Par malheur, Deutz n'avait pas encore pu parvenir auprès de Madame. Quand nous disons par malheur… ce n'est qu'une simple ironie, un sentiment de pitié pour cet infortuné gouvernement qui a préparé soigneusement une vilenie, et qui est navré parce que la vilenie est longue à se commettre.

Il résulte de tout cela que des ordres furent expédiés à M. Maurice Duval[10], préfet de la Loire-Inférieure, de hâter les recherches. Nous avons déjà écrit le nom de M. Maurice Duval. Le lecteur sait qu'il arrivait de Grenoble, où il avait joué un assez triste rôle. L'autorité militaire, de son côté, était fort ennuyée.

Quel que soit leur drapeau, blanc ou tricolore, des soldats français n'en sont pas moins des hommes d'honneur, auxquels répugne tout ce qui ressemble à l'infamie. L'armée voulait bien combattre avec acharnement les Vendéens, poursuivre même la duchesse de Berry et tenter de la faire prisonnière, mais ces bruits de trahison qui lui revenaient de Paris la révoltaient. Les deux généraux qui commandaient à Nantes, le comte d'Erlon, divisionnaire, et Dermoncourt, brigadier général, en étaient particulièrement indignés.