Les soldats couraient la campagne sans se lasser, car si Madame avait
disparu, ses partisans étaient toujours là, plus endiablés que jamais.
Ce n'étaient plus de vraies batailles comme à Château-Thibaut où à
Vieillevigne, mais des escarmouches.
Les chouans se cachaient, au nombre de quinze ou vingt, dans un fourré; une compagnie de ligne ou un demi-escadron de cuirassiers passait, aussitôt deux, trois, quatre décharges successives partaient et couchaient dans la poussière les soldats.
D'autres fois, des forces vendéennes, plus fortes qu'on aurait pu le croire, se portaient tout à coup sur un point déterminé et interceptaient des convois.
Il y avait un mois que cet état de choses durait, quand un jour, une colonne revint à Nantes, après avoir traversé tout le département. O miracle! rien ne l'avait arrêtée dans sa route. Les chouans semblaient évanouis, disparus, sans laisser la moindre trace. Les soldats avaient fouillé les bois de Machecoul, de Rassé et de Clisson, mais vainement. Pas un seul Vendéen n'était apparu.
Qu'étaient-ils donc devenus?
À cinq lieues de Nantes, avant de laisser à gauche Château-Thibaut pour prendre la route de Pornic, s'étend le lac de Grandlieu; la lande qui le borde a des aspects variés; mais on y trouve, çà et là, entre une touffe de genêts et une racine de bruyères, un trou assez large.
Demandez au paysan ce que c'est que ce trou, il vous répondra en clignant de l'œil:
—Lapin!
En effet, c'est bien un terrier, à l'apparence. Cette réponse faite, vous passez votre chemin; mais, à dix mètres plus loin, vous apercevez un nouveau trou; à vingt mètres, un troisième trou, et ainsi de suite. Vue d'ensemble, et à hauteur, la lande doit avoir l'aspect d'une énorme écumoire. Tout d'abord vous vous dites qu'il y a beaucoup de lapins dans ce pays; puis vous réfléchissez que ces terriers pourraient bien avoir une cause particulière.
Voyez-vous ce dolmen à l'horizon? C'est là qu'est l'explication du mystère.