La Bretagne n'est pas seulement le sol où la fidélité germe drue et haute comme la moisson, elle est aussi la patrie des légendes. Sous ce dolmen s'ouvre une caverne qui se change en souterrain, et a, sous la lande, une profondeur d'à peu près un kilomètre.

Aujourd'hui, ce souterrain n'existe plus; mais en 1832, non-seulement il était l'asile de plus d'un contrebandier, mais encore l'autorité civile n'en avait pas connaissance. Les paysans se rappelaient que, pendant les grandes guerres de la République, leurs pères y avaient trouvé un asile. La tradition s'en était conservée.

Vers le milieu du mois de juillet, si nous y entrons en pleine nuit, nous saurons pourquoi les soldats n'avaient plus trouvé de chouans sur leur chemin. Tous ceux qui pouvaient encore porter les armes, tous ceux que les travaux de la terre n'avaient pas forcés de rentrer chez eux, y étaient réunis, sous le commandement de M. de Charette et du marquis de Kardigân.

À côté de Jean-Nu-Pieds sont ses fidèles, ses héroïques amis, Henry de Puiseux et Aubin Ploguen. Le souterrain contient environ deux cents chouans, avec une abondante provision d'armes et de munitions. Ils attendent là que le moment soit venu de prendre d'un coup de main Nantes et la citadelle, selon le plan que nous avons expliqué. Le jour fixé est le 20 juillet, c'est-à-dire le surlendemain.

Mais celui qui depuis un mois n'aurait pas revu Jean-Nu-Pieds, ne l'aurait pas reconnu. Le fiancé de Fernande n'était plus que l'ombre de lui-même. Son visage portait le sillon creusé par les larmes.

Quand nous pénétrons dans le souterrain, les soldats dorment: lui, les bras croisés, l'œil fixe, immobile, il reste accroupi devant une lettre étalée sur le sol.

—Qu'est-elle devenue? murmure-t-il; qui me l'a prise? M'oublier? Non, elle ne m'a pas oublié, j'en suis certain! Elle est de ces créatures bénies qui ne savent ni tromper ni mentir… Mais où est-elle?

Ses yeux ne savent pas pleurer; ils sont vides de larmes pour en avoir trop répandu.

Jean-Nu-Pieds reprit la lettre ouverte devant lui et la lut. C'était la dixième fois peut-être. Le papier était froissé, comme par un long usage, et cependant il n'y avait que deux jours que le marquis de Kardigân l'avait reçue.

«Jean, j'ai cherché partout. Jérôme et moi ne connaissons ni lassitude ni découragement. Je n'ai rien de nouveau à vous apprendre. Les traces de M. Grégoire sont introuvables. J'espérais un moment mettre la main sur cet agent de police qui a aidé M. Grégoire à enlever Fernande, mais jusqu'à présent, cela nous a été impossible.