… Mon pauvre Jean! comme tu dois être malheureux! La fatalité se joue de ton bonheur incessamment, et la destinée humaine ne se lasse pas de te frapper. Crois en moi, espère en moi. Ton devoir te rattache à la Bretagne: moi, je suis libre de mes actes, et tout ce que la volonté, tout ce que l'énergie peuvent faire, je le ferai…»
La lettre était de Robert Français, de Philippe de Kardigân. Malgré la volonté du vieux marquis, les deux frères étaient rapprochés par la communauté de la souffrance. Aucun des deux n'avait abjuré sa foi.
Le républicain croyait à la République, et le royaliste croyait à son roi.
L'honneur battait dans ces âmes loyales, mais l'amour de l'un n'avait d'égal que le dévouement désintéressé de l'autre.
—Pauvre enfant! murmurait Jean-Nu-Pieds, qu'est-elle devenue! Où ce père infâme l'a-t-il conduite? Qu'en a-t-il fait?
Un sanglot sortit de la poitrine du jeune homme. Malgré la force qu'il avait sur lui-même, il ne pouvait pas résister. Aubin Ploguen s'éveilla à ce sanglot.
—Maître, maître, espérez… dit-il.
—Espérer!
—Voulez-vous que je parte, moi? Voulez-vous que je trouve ses traces?
Quand je devrais y mourir, je réussirai dans ma tâche!
—Aubin, tu ne peux pas partir. Comme moi, tu es enchaîné ici. Le devoir pour nous est ici et non pas ailleurs…