—Nos gars ont tous conservé leurs costumes de paysans, nous de même. Il n'y a donc aucun danger à craindre de ce côté-là.
—Je suis prêt.
Un coup de sifflet jeté par M. de Charette éveilla les chouans. Il leur fit part de la résolution qui venait d'être prise. Ces hommes de fer qui, depuis quatre mois, étaient sur pied, ne donnèrent que des signes de joie à la pensée qu'ils allaient se battre encore.
XVII
SECONDE DISPARITION
Rien n'a un aspect populeux et mêlé comme un marché dans une ville de premier ordre. Les marchés de Nantes, entre autres, ont un cachet particulier. On y voit les paysans des environs mêlés à ceux de quelques lieues à la ronde. Les gars du bourg de Batz, avec leurs costumes éclatants et bigarrés, se mêlent souvent aux métayers de Pornic et de Beauvoir, qui n'hésitent pas à faire quinze lieues pour vendre un bœuf ou acheter un cheval.
Les royalistes, nous l'avons vu, comptaient sur cette foule pressée aux entrées de la ville pour y pénétrer facilement sans être reconnus.
Jean-Nu-Pieds avait pris le commandement de la première bande. Bien que ce fût celle qui devait courir le moindre danger, tout d'abord, M. de Charette avait exigé de lui ce sacrifice. Ce dernier, commandant en chef, s'était naturellement réservé le poste le plus périlleux de l'arrière-garde. En effet, si les soupçons venaient aux autorités, ils ne leur viendraient qu'après l'arrivée successive de soixante-quinze ou de cent hommes. La dernière bande serait par conséquent la plus exposée.
La grande route était couverte de paysans. Les uns conduisaient un troupeau; les autres, montés dans ces petites voitures sautantes appelées vulgairement d'un nom que «la pudeur nous empêche de nommer,» marchaient grand train dans la direction de la cité.
Les conversations s'échangeaient en plein air, et malgré l'étouffante chaleur, les groupes étaient fort animés.