Monsieur vient de la lande, répliqua le valet en s'inclinant.

C'était le mot de passe. Jean-Nu-Pieds suivit sans hésiter. On l'introduisit dans un salon, puis une seconde porte s'ouvrit, et on le pria de passer dans le cabinet du maître de la maison.

Cette pièce était sombre. Pourtant, le marquis de Kardigân distingua un homme assis à la table. Cet homme se leva en lui indiquant un siège. Presque aussitôt, Jean sentit une main s'appuyer sur son épaule; il se retournait déjà, quand on le saisit à bras-le-corps, et on le terrassa. Une voix,—celle de l'individu assis à la table,—dit: les menottes!

L'ordre fut exécuté en dix secondes, avant que M. de Kardigân ait pu avoir le temps de se défendre.

La même voix reprit:

—Bon! asseyez maintenant, monsieur.

On souleva le marquis, et il fut déposé sur un fauteuil avec une légèreté et une dextérité incomparables.

—De la lumière! ordonna encore le même personnage.

Jean-Nu-Pieds comprenait que toute défense était inutile. Comment pourrait-il résister? Une seule pensée le torturait. Le sentiment du danger couru par lui n'y entrait pour rien. Est-ce qu'il n'était pas de ces hommes, semblables au héros de Shakespeare, qui s'écriait superbement:

—Le danger et moi sommes deux lions nés le même jour… seulement, je suis l'aîné!