Non: il ne songeait qu'au péril des siens. Évidemment, le secret avait été trahi. Mais par qui? La maison de M. de Révilly était devenue une souricière. Lui pris, ses amis seraient pris également.
M. de Révilly avait dû aussi payer de sa liberté le dévouement à sa cause, à son roi.
L'individu assis à la table se taisait toujours. Jean se taisait; mais il voyait seulement le geste par lequel cet inconnu se frottait vigoureusement le nez, en signe de satisfaction sans doute.
Enfin la lumière fut apportée, et tous les deux purent se contempler.
Ils se connaissaient sans le savoir. L'homme était notre vieil ami M.
Jumelle.
Le sous-chef de la police politique, une première fois dépisté par M. de Kardigân, lors de l'affaire de la rue du Petit-Pas, s'était bien promis de prendre sa revanche.
Et comme il était bien convaincu maintenant que le marquis avait été l'un de ces Buridans du bal de l'Opéra, dont la multiplicité l'avait tant intrigué, il croyait la tenir enfin, cette revanche tant désirée.
—Monsieur le marquis, dit-il, c'est avec un profond regret… hum! hum!… que je me vois obligé de vous annoncer que vous êtes mon prisonnier.
Jean-Nu-Pieds le regarda dédaigneusement, mais il se tut.
—Que voulez-vous, monsieur, il y a dans la vie des choses très-graves… des situations pénibles, et je suis vraiment désolé… hum! hum!… Oh! oui, désolé de vous être désagréable.
Pendant qu'il prononçait ses: hum! hum! M. Jumelle dévisageait son adversaire. Il espérait que, pendant les quelques minutes de répit qu'il donnait ainsi à sa phrase, un signe, un mouvement de physionomie trahirait la pensée secrète du marquis.