Mais le sous-chef de la police politique avait affaire là à forte partie. Jean-Nu-Pieds restait aussi impassible que s'il eût été dans son château.

—Nous avons saisi un dépôt de fusils dans cette maison… Tentative effroyable! Vous vouliez essayer un coup de main sur le château fort de Nantes… crime prévu et puni par la loi… Je me permettrai de vous faire observer, en outre, que vous avez été pris sur le fait… De plus en plus grave. Il en résulte que les derniers châtiments peuvent vous atteindre…

Nous savons déjà quel grand comédien c'était que M. Jumelle. Il nuançait délicatement ces menaces prononcées de sa voix paterne et douce. Jean-Nu-Pieds avait détourné la tête et semblait ne pas comprendre qu'elles s'adressassent à lui.

—Hum! hum!… Vous ne répondez rien, monsieur? C'est un tort, un tort extrême. Car, pensez-y!… Si vous continuez à garder ainsi un compromettant silence, la loi n'aura aucune raison de se montrer clémente… elle devra sévir et sévira avec une sévérité d'autant plus grande que votre position est plus élevée… Tandis qu'au contraire… si… vous consentiez à nommer… oh! pas tous! je ne vous demanderais pas cela; vous êtes un homme d'honneur, et… non, certes, pas tous! mais quelques-uns seulement de vos complices… Eh bien! alors…

Jean-Nu-Pieds ne prononça pas une parole, mais à la phrase insultante de M. Jumelle, il fit un geste de colère si terrible, que le fer des menottes faillit se tordre.

L'œil du Vendéen étincelait. Son visage, déjà pâle, devint livide. M.
Jumelle recula instinctivement son fauteuil, en murmurant:

—Diable! j'ai bien fait de lui donner des bracelets.

Bracelets, c'est le mot d'argousin dont on se sert rue de Jérusalem pour appeler les menottes. Langue choisie!

—Vous ne me répondez pas?

Jean avait résolu de ne point prononcer une parole; mais il avait hâte d'en finir avec cette scène écœurante. M. Jumelle répéta sa demande: