A quelques pas de cette ferme où Madame et les siens s'étaient réfugiés, s'élève l'église modeste du village de Rassé.
Il serait bien difficile d'établir quel architecte exotique a pu dessiner le plan de ce monument ridicule. Mais la religion prête à ces ogives grotesques je ne sais quel aspect artistique plus grand que les pierres taillées de Donatello et de Brunelleschi.
Entrons dans l'église. Tout y est commun, vulgaire, et pourtant tout y est charmant.
Le bois jaune-brun des bancs est troué par les mites d'une infinité de trous; le petit banc pour les genoux est rugueux au toucher.
Il n'y a qu'une seule chose de prix dans l'église; il est vrai qu'elle est d'un prix inestimable, et qu'elle enrichirait Notre-Dame et Saint-Pierre.
C'est une tapisserie merveilleuse, faite au petit point, qui rappelle à s'y méprendre, tant le travail est admirable de fini et d'art, les ravissantes miniatures qu'expose madame Marie de Chevarier, dans son atelier du boulevard Haussmann. Cette tapisserie représente plusieurs sujets religieux du pape saint Pie V.
Pie V avait dans son oratoire un crucifix d'ivoire qu'il affectionnait particulièrement.
Quand il priait, il avait coutume de baiser plusieurs fois les pieds du
Christ.
Or, un jour, ses ennemis versent du poison sur ces pieds d'ivoire, de manière que le Saint-Père bût la mort, à son insu, en embrassant les plaies du Sauveur.
Mais Dieu veillait sur son serviteur. Quand déjà Pie V avançait les lèvres, le Christ, immobile sur sa croix d'ébène, recula, et ne voulut pas donner la mort à celui qui lui demandait la vie.