Or, le soir même de la bataille de Vieillevigne, au moment où Madame ordonnait à Jean-Nu-Pieds d'aller en reconnaissance du côté du château de la Pénissière, une jeune femme priait au pied du maître autel de la petite église. Cette jeune femme était Fernande, qui venait de quitter pour toujours les vêtements de Pinson et avait repris ceux de mademoiselle Grégoire.

Elle priait avec ferveur, ses yeux étaient inondés de larmes.

—O mon Dieu! dit-elle en regardant la tapisserie, vous qui avez fait un miracle pour sauver votre glorieux serviteur, ô mon Dieu! faites qu'il s'en accomplisse un aussi pour me sauver, moi si obscure, mais si infortunée! J'ai souffert, mais j'ai lutté, mais j'ai triomphé… J'ai étreint mon cœur dans ma poitrine, en lui refusant le droit de battre… J'ai défendu à ma faiblesse de prendre le dessus sur ma force. O mon Dieu! ayez pitié de moi.

La malheureuse enfant pleurait à chaudes larmes. Quelle que soit l'énergie d'une créature humaine, elle décroît en face de Dieu, car l'âme intelligente sait qu'il suffirait de la volonté de Celui qu'on implore pour changer sa souffrance en joie.

Il régnait dans l'église une obscurité douce qui teintait en noir tous les objets. Fernande ne s'aperçut pas qu'elle n'était plus seule.

Un paysan, de très-petite taille, le corps déguisé sous un manteau, et la tête découverte, venait d'entrer, et, debout, comme perdu dans une extase, se tenait immobile derrière la jeune fille.

Fernande, ne l'ayant pas entendu venir, ne pouvait pas l'apercevoir, car ce fidèle attardé était enveloppé par l'ombre de l'église qui le cachait entièrement.

Mais, s'il n'était pas vu, lui voyait.

Son attention fut attirée par les gémissements étouffés qu'il entendait à côté de lui.

Fernande priait toujours.