—Seigneur! je suis lasse; Seigneur, prenez-moi dans vos bras, car j'ai trop souffert, et je ne pourrais plus souffrir encore; mon Dieu, je suis impie, peut-être, en vous implorant dans ce lieu pour les angoisses et les douleurs d'un amour humain; mais votre souveraine justice est faite de souveraine bonté… vous aurez pitié de moi!… Je ne me suis pas rendue sans combat: j'ai voulu vaincre, et puis j'ai été vaincue. Je vous implore; ayez pitié de votre enfant!
Les premières paroles de la jeune fille avaient touché le paysan. Il écoutait plus attentivement.
Fernande reprit d'une voix plus basse:
—Mère, mère chérie, tu m'as dit en mourant de venir causer avec toi… Hélas! je suis bien loin de ta tombe, je suis bien éloignée de la pierre blanche où j'allais m'agenouiller… Mère, je t'ai interrogée quand j'ai senti que je l'aimais, et ma conscience m'a répondu que j'avais raison. Pourquoi m'abandonnes-tu maintenant? Toi qui es une sainte au ciel, tu pourrais implorer Dieu pour moi, et Dieu ne te refuserait point.
Ses larmes la reprirent.
Triste chemin de croix de cette pauvre fille! Elle aimait, elle avait cru que l'amour était fait de joies et d'espérances, et depuis le premier jour, elle n'y avait rencontré que la douleur.
Le paysan s'était un peu reculé dans l'ombre comme si, malgré l'obscurité de l'église, il eût craint d'être reconnu à sa tête découverte.
Fernande se leva:
—Mon sort sera décidé dans une heure, pensa-t-elle.
Elle jeta un dernier regard à la croix de bois grossier qui pendait au-dessus de l'autel. Puis, à pas lents, elle traversa l'église.