FERNANDE.»

Le premier mouvement de Jean-Nu-Pieds en lisant ces lignes fut de tendre la main à M. Jumelle, et de s'excuser auprès de lui des doutes qu'il n'avait cessé de ressentir pendant tout le cours de leur entretien. Heureusement, en levant les yeux, il vit le visage de l'agent de police se refléter dans la glace.

Pour lire la lettre de Fernande, le marquis de Kardigân s'était détourné. M. Jumelle croyait donc ne pas être observé. Les gens les plus habiles sont toujours pris par leur propre habileté. Il n'y a que la franchise qui ne soit jamais vaincue, qui triomphe toujours.

Jean-Nu-Pieds vit le visage de l'agent supérieur de la rue de Jérusalem, et il y lut une telle ruse inquiète, une telle fausseté, qu'il comprit aussitôt que dans tout cela se cachait un mystère. M. Jumelle avait évidemment abusé de la bonne foi de la jeune fille, et elle l'avait cru. Mais dans quel but? Il l'ignorait. Certes, la lettre était bien de Fernande; il ne lui était point permis d'en douter. Mais pourquoi lui remettait-il ce paquet que M. Grégoire l'avait chargé sans doute d'intercepter? Voilà ce qu'il ignorait et ce qu'il ignorerait jusqu'à ce qu'un indice quelconque fût venu lui révéler la vérité. Il n'y avait pas à hésiter. Montrer à M. Jumelle qu'il n'était pas sa dupe, c'était maladroit; tandis que lui laisser croire qu'il tombait dans le piége, lui donnait sur lui un incontestable avantage. C'est ce qu'il fit, malgré que son esprit répugnât à tout ce qui était mensonge. Il se retourna, et tendant la main à M. Jumelle, en dépit du dégoût qu'il ressentait:

—Je vous crois, monsieur, dit-il. Je regrette d'avoir pu douter de vous. Mais cette lettre me prouve surabondamment que je m'étais trompé. Que dois-je faire?

M. Jumelle était bien fort, car il éteignit le regard de triomphe qu'il allait jeter sur le Vendéen.

—Béni soit Dieu! dit-il.

—Que dois-je faire? répéta le marquis.

—Me croire!

—Je vous crois.