Jeudi soir.
J'ai été interrompue par un homme qui est entré dans ma chambre… Il s'est avancé prudemment jusqu'à moi, en prêtant de minute en minute l'oreille, comme s'il craignait d'être surpris…
Oh! mon ami, Dieu le bénisse, car je lui dois la première joie que j'aie eue depuis que je vous ai quitté…
Il m'a pris la main et m'a dit que mon père était son ami, mais que je lui avais fait pitié et qu'il voulait me secourir. J'étais devenue méfiante, et peut-être allais-je l'éloigner, quand je l'ai regardé. Il a l'air bon et doux. Pauvre homme!… Il a perdu une fille de mon âge, et c'est ce qui l'a touché.
—Vous aimez M. de Kardigân? m'a-t-il dit.
—Monsieur…
—Je suis votre ami.
—Mon ami?
—Et je vous le prouverai. Vous êtes ici au château de Quiévrain, dans la Côte-d'Or. La ville où vous avez passé, c'est Dijon. Le village que vous apercevez là-bas, dans ce creux, c'est le village de Léry. Écrivez à M. de Kardigân où vous êtes, je me charge de faire parvenir la lettre.
—Oh! soyez béni!