Le petit-fils du vieux gentilhomme voulut faire également partie de l'excursion. On sella un troisième cheval, et la petite troupe partit au grand trot.

Nous avons décrit en quelques lignes le paysage qui forme un cadre si poétique au bois de Chameaux. C'est la nature agreste et sublime en même temps dans tout son charme le plus puissant. Les trois cavaliers prirent le chemin creux qui longe la rivière de l'Ignon, en laissant derrière lui le village de Léry. Ce chemin va en s'enfonçant, entre des champs en collines à gauche et les prairies à droite. Par les temps clairs, on aperçoit dans le fond, ainsi qu'un décor de Thierry, le clocher de fer-blanc du joli bourg de Fresnay.

Les cavaliers prirent le galop et entrèrent sous bois, dans une espèce de quadrilatère dont la route formerait la base. Ils ne tardèrent pas à disparaître au milieu des branches tombantes des jeunes chênes et de l'ombrage épais des hêtres gigantesques. En vingt minutes ils gagnèrent la clairière, où s'élevait le château de Quiévrain.

Les appartements du château paraissaient vides. Les fenêtres étaient fermées. A peine, de temps à autre, la tête d'un valet d'écurie ou d'un garçon de ferme paraissait derrière les vieux murs croulants; car si le château du Quiévrain n'existe plus aujourd'hui, c'est que ses constructions séculaires ont fondu sous l'action du temps. Il est mort de vieillesse. Les pierres ainsi que les hommes ont leur âge. Notre-Dame de Paris vivra plus longtemps, parce que le génie l'a vivifiée à sa naissance. Jean-Nu-Pieds eut un serrement de cœur quand il vit cette sinistre solitude. Qu'était donc devenue Fernande si elle n'y était plus? Si elle y était encore, comme elle devait souffrir, enfermée dans cette prison!

Cependant, M. Guy de Kersaudiou, le petit-fils du vieux chouan, avait agité la sonnette qui pendait à la porte d'entrée. Ceux qui étaient du pays avaient pu donner au marquis de Kardigân les renseignements désirables. Le château de Quiévrain appartenait à une notabilité du parti orléaniste, M. Legras-Ducos. Jean avait demandé vainement à ses nouveaux amis quel était ce M. d'Héricourt, ce royaliste, dont la jeune fille lui parlait dans son journal. Ce nom leur était inconnu.

Un valet d'écurie vint ouvrir:

—M. Legras-Ducos est-il ici? demanda Jean.

—Oh! pour çà, non!

—Il n'y a personne au château?

—Oh! pour çà, oui.