Le célèbre chef vendéen, marquis de Kardigân, plus connu sous son nom de guerre de Jean-Nu-Pieds, a été arrêté hier et va passer devant la juridiction militaire.»
Jean crut rêver.
XXII
CE QUI S'ÉTAIT PASSÉ
Le premier sentiment de l'honorable M. Jumelle, en apprenant que Jean-Nu-Pieds s'était échappé, avait été la colère. Il commença par corriger à coups de pied le malheureux la Licorne. Bien qu'homme libre, le mouchard ne trouva rien à redire à cette façon de prouver son mécontentement. Aujourd'hui la Licorne serait électeur: ô progrès des temps! Mais, passons.
M. Jumelle était trop intelligent pour ne pas comprendre que cela avançait fort peu ses affaires. Le marquis de Kardigân ne reviendrait pas se mettre benoîtement entre ses mains, parce qu'il criblait de coups de pied un agent maladroit. Il fallait aviser promptement. De deux choses l'une: ou Jean-Nu-Pieds avait quitté la Bretagne pour aller délivrer Fernande, ou il s'était réfugié dans une de ces retraites inaccessibles qui servaient de campement aux Vendéens vaincus.
Dans les deux cas, il était difficile, sinon impossible, de le reprendre. Dans l'hypothèse d'une fuite, M. Jumelle se décida à expédier un courrier séance tenante à M. Grégoire, afin de l'avertir que le lion était déchaîné. Nous avons vu que le courrier était arrivé à temps, puisque Fernande n'était plus au château de Quiévrain, quand Jean-Nu-Pieds s'y présenta.
Sur ces entrefaites, éclatèrent les terribles journées révolutionnaires qui mirent une fois de plus le trône de Louis-Philippe à deux doigts de l'écroulement. Le sous-chef de la police politique fut rappelé en toute hâte à Paris.
L'agent supérieur de la rue de Jérusalem, qui le remplaçait, ne connaissait que de nom les acteurs du grand drame vendéen.
Le marquis de Kardigân, le baron de Charette, le marquis de Coislin, tels étaient les trois chefs redoutés auxquels la police devait faire la chasse la plus active.