Or, le jour même du départ de M. Jumelle, Philippe de Kardigân et Jérôme Hébrard entraient à Nantes, ignorant ce qu'était devenue Fernande, et ayant vainement partout cherché ses traces. Ils croyaient, de même, que Jean-Nu-Pieds tenait encore la campagne; mais ils ne devaient pas tarder à être cruellement détrompés.

Comme ils passaient dans une rue peu fréquentée de la ville, ils virent à quelques pas devant eux un homme de haute taille, mais qui marchait courbé, comme sous une peine profonde.

—Nous ne sommes pas les seuls à souffrir, pensa Robert Français.

Est-ce qu'en effet Dieu ne nous a pas donné la souffrance en cette vie, pour mériter le bonheur dans une autre?

Les deux jeunes gens allaient continuer leur chemin sans faire plus attention à cet homme, quand celui-ci se retourna, les regarda un instant et laissa échapper un geste de surprise.

Robert Français le reconnut aussitôt. C'était Aubin Ploguen.

Le fidèle serviteur de Kardigân vint droit à celui qui ne portait plus le nom des Kardigân.

—Savez-vous où il est? demanda-t-il d'une voix brisée.

—Qui?

—Monsieur le marquis.