—C'est difficile.

—C'est-à-dire impossible?

—Non. Je peux prendre sur moi, pour l'instant, de vous accorder cette faveur,—car c'en est une; mais demain, il faudra que M. le comte d'Erlon statue en dernier ressort. Je me plais à croire que, par exception, il accèdera à votre désir.

—Encore une fois, merci, colonel!

—Ne me remerciez pas, monsieur le marquis. En des temps comme ceux où nous vivons, la guerre a des hasards inévitables et des fatalités imprévues. Peut-être aurez-vous un jour à me rendre ce que je suis heureux de faire aujourd'hui pour vous.

Robert Français salua l'officier supérieur, et suivit la petite escorte qui l'attendait pour le conduire en prison. Le lecteur devine pourquoi le jeune homme voulait être réuni à Henry de Puiseux. Il craignait qu'une parole du chouan ne trahît son sacrifice, et par cela même ne le rendît inutile.

Henry était déjà couché. A peine arrivé dans sa cellule, il s'était déshabillé et jeté sur la maigre couchette que donnait à ses pensionnaires forcés la générosité du gouvernement.

Ce ne fut pas sans une profonde surprise que le jeune Vendéen apprit qu'on allait lui amener comme compagnon le marquis de Kardigân.

Le geôlier lui avait fait part de cette nouvelle en garnissant d'une seconde couchette le fond de la cellule. Celle-ci était fort petite, mais il serait toujours temps d'en préparer une plus grande le lendemain, si le général d'Erlon consentait à ce que la faveur temporelle du colonel devînt définitive.

—Mais c'est impossible! s'écria Henry; M. de Kardigân n'est pas prisonnier.