Le colonel Desroys dirigea au reste les débats avec une impartialité remarquable. On pouvait même remarquer l'intérêt très-réel qu'il portait aux accusés, intérêt qu'il ne se donnait pas la peine de cacher.
Le capitaine-rapporteur lut d'abord l'acte d'accusation. En voici les parties principales:
Le sieur Henry de Puiseux est accusé:
1° D'avoir fomenté une rébellion contre les lois existantes;
2° D'avoir préparé une série de manœuvres, ayant pour but de changer la forme du gouvernement;
3° D'avoir porté les armes contre les troupes régulières de Sa Majesté.
Le sieur Jean de Kardigân est accusé des mêmes crimes; en plus, il est prévenu d'avoir exercé un commandement dans ladite rébellion…
L'acte d'accusation était fort long. On y reconnaissait la main patiente d'un habile policier qui avait reconstruit le passé et donné à ce capitaine-rapporteur tous les renseignements nécessaires. Ainsi, il prenait Henry de Puiseux et Jean-Nu-Pieds à Paris, au bal de l'Opéra, les suivait rue du Petit-Pas, 3, et ne les quittait qu'à leur arrestation.
Il mentionnait, contre le marquis de Kardigân, la capture violente d'un agent de la force publique, et achevait en requérant contre eux l'application sévère des peines prévues.
Un silence morne avait accompagné la lecture de cet acte d'accusation. Bien qu'il y eût dans la salle une majorité anti-royaliste, les personnes qui s'y trouvaient ne pouvaient s'empêcher d'admirer les héros de Château-Thibaut, de Vieillevigne et de la Pénissière.