—Oui.
—Sous serment, c'est-à-dire que vous avez juré sur le Christ de dire la vérité, rien que la vérité, toute la vérité?
—Oui.
—Voilà tout ce que je voulais savoir.
Robert Français se rassit.
Isidore Planchut acheva sa déposition en noircissant encore le tableau déjà esquissé en quelques lignes. Il accusa les Vendéens, et surtout le marquis de Kardigân, d'avoir commis toutes les atrocités possibles. A l'en croire, après Vieillevigne, ledit marquis de Kardigân, aidé de son lieutenant M. de Puiseux, avait fait fusiller onze prisonniers dont les corps furent ensuite livrés à des outrages sans nom.
Les royalistes qui étaient dans la salle, révoltés de ces infâmes mensonges, voulurent protester, mais leurs voix furent étouffées par les murmures d'horreur de la plupart.
Les foules sont essentiellement mobiles. Ceux qui étaient venus au conseil de guerre avec l'intention d'être impartiaux, devaient croire à la véracité d'une accusation portée si hautement et avec tant d'assurance par un soldat, en plein conseil, en face d'un tribunal composé d'officiers loyaux.
Est-ce que le crucifix sur lequel Jésus saigne éternellement ne pendait pas au fond de ce prétoire? Est-ce que ce témoin ne portait pas l'uniforme de l'armée française? Est-ce qu'il n'avait pas pris la parole en jurant devant Dieu qu'il dirait la vérité, rien que la vérité, toute la vérité?
Le colonel Desroys imposa énergiquement silence aux manifestations de la foule, quel que fût le sens dans lequel elles se produisissent. Mais il ne put empêcher les têtes de se presser avidement pour voir quelle contenance gardaient les prisonniers. On devait les croire écrasés sous cette accusation formidable.