M. le commissaire du gouvernement avait raison: nous méritons la mort, messieurs du conseil… car nous sommes Bretons! nous sommes fidèles!
Jean-Nu-Pieds se rassit au milieu d'une émotion indescriptible. Si le public avait osé, il aurait éclaté en applaudissements. Ce ne sont point les Démosthènes et les Mirabeau qui font les plus éloquents discours: ce sont les hommes de cœur qui parlent avec leur cœur!
Le colonel Desroys fit un signe, et le conseil se retira dans la salle des délibérations. Le prétoire resta vide, car aussitôt les accusés furent emmenés. Quant à l'enceinte, on eût dit d'une fourmilière. Les têtes s'y pressaient, s'y confondaient. Robert Français, lui, avait déjà suivi Jean-Nu-Pieds et Henry de Puiseux.
La délibération ne fut pas longue. Elle dura à peine dix minutes. Enfin, le conseil reparut, et le silence se rétablit comme par enchantement. Le colonel Desroys et les officiers qui l'assistaient se découvrirent, et il lut, debout, à voix haute:
«AU NOM DE SA MAJESTÉ LE ROI DES FRANÇAIS,
L'avis des juges étant pris, et commençant par le grade le moins élevé, le conseil de guerre décide à l'unanimité:
1° Les sieurs marquis de Kardigân et Henry de Puiseux sont reconnus coupables de rébellion à main armée, d'excitation à la haine et au mépris du gouvernement, et de tentative ayant pour but de renverser l'autorité établie;
2° Admet de nombreuses circonstances atténuantes.
En conséquence, les sieurs marquis de Kardigân et Henry de Puiseux sont condamnés à la peine du bannissement perpétuel.»
C'en était trop pour les nerfs du public.