Puis il répéta une seconde fois:

—La parole est à M. le commissaire du gouvernement.

Le rôle du chef de bataillon chargé de remplir les fonctions de procureur royal était des plus délicats. Le gouvernement venait de trahir ses intentions perfides.

Abandonner l'accusation? les faits matériels étaient là. C'était impossible. Exagérer la dureté, c'était se heurter à l'opinion publique, qui, par un revirement naturel, était devenue soudainement favorable aux Vendéens.

Il parla sans violence, froidement même, mais comme il devait le faire étant donnée la situation. Il réclama purement et simplement l'application de la loi, c'est-à-dire la peine de mort.

Son réquisitoire dura à peine une demi-heure; on devinait, à l'entendre, que ce soldat était gêné de son rôle.

Aucun avocat n'était assis au banc de la défense. Le conseil n'avait pu en nommer un d'office, les prisonniers ayant annoncé leur intention de se défendre eux-mêmes. En conséquence, Jean-Nu-Pieds se leva:

—Messieurs du conseil, dit-il, je dois remercier d'abord M. le commissaire du gouvernement de sa modération. Il a requis la peine de mort contre nous. C'était son droit: plus même, c'était son devoir. La loi est formelle. A ses yeux, nous sommes coupables, ayant porté les armes contre l'autorité établie. Aux nôtres, c'est différent! Il y a deux codes, messieurs! Le code que fait Dieu, celui que rédige l'homme! C'est au code de Dieu que nous obéissons. Nos pères ont juré fidélité à un principe: ce principe, pour nous, ne peut pas mourir. Il est toujours vivant! Parce qu'une poignée de révolutionnaires déchire l'histoire de France, cette histoire n'en existe pas moins.

On nous accuse de haute trahison? Nous aurions été traîtres, en effet, si nous n'avions pas agi comme nous avons fait! Le roi est le roi! Je ne défendrai ni M. de Puiseux, ni nos compagnons d'armes, ni moi-même, des insultes de ce misérable que vous avez entendu. Vous en avez fait justice!

Je n'ai plus qu'une chose à ajouter. Mourir fusillé, ou mourir sur le champ de bataille, ce n'en sera pas moins pour nous une fin glorieuse. Et en tombant, je me sentirai digne de ma devise: Fidèle!