—Fernande! je souffre à mourir, murmura-t-il; Fernande! par grâce! expliquez-moi…

Puis, avec violence:

—Eh bien! non, je ne le crois pas! non, c'est impossible! Vous, mariée? C'est impossible, vous dis-je! C'est une épreuve à laquelle vous me soumettez! Un jeu sans pitié! Vous, mariée? Et vos serments? Et cette union sainte, la main dans la main dans les bois de Vieillevigne, sous l'œil de Dieu qui nous regardait, quand vous m'avez juré que vous m'aimiez, que vous seriez ma femme devant les hommes! Vous, mariée? Allons donc! C'est impossible!

Il se laissa tomber sur un des escabeaux de la cellule, haletant, opprimé.

—Jean, je vous en conjure, ne me maudissez pas! reprit-elle d'une voix défaillante. Si vous saviez! Il y a dans la vie des fatalités inexplicables. Je puis tout vous dire maintenant. Je me relève moi-même du serment que j'ai prêté. Le jour où je vous ai quitté, là-bas, je courais auprès de mon père; on venait de me dire qu'il avait été arrêté par des chouans et qu'ils allaient le fusiller comme ancien régicide. J'ai couru… N'était-ce pas mon devoir de tout abandonner pour le sauver? J'arrivai dans une clairière au milieu des bois, après un voyage où j'avais enduré toutes les souffrances possibles. Jean! mon père était attaché à un arbre, et déjà un peloton d'exécution le mettait en joue…

Fernande s'arrêta; ce souvenir la brisait.

M. de Kardigân écoutait la tête baissée, ses larmes ne s'étaient pas arrêtées. Elles coulaient sur son visage pâle et, par instants, des frissons l'agitaient.

—Alors le chef de ces hommes s'avança vers moi:

—Mademoiselle, me dit-il, votre père va mourir. Vous seule pouvez le sauver. Veuillez me suivre.

Il m'entraîna dans une hutte de feuillages. Je me laissai faire. Je ne sentais aucune force en moi.