—Vraiment?
—C'est une jeune femme, autant que j'ai pu en juger à travers le voile épais qui couvrait son visage. Elle est venue me trouver au quai d'embarquement, et a retenu son passage pour Brighton. Mais ce n'est pas là l'extraordinaire. Un de mes officiers qui l'a remarquée, m'a dit qu'elle ne s'était décidée à arrêter une cabine sur le Wellington que lorsqu'elle avait su que vous et M. de Puiseux feriez le voyage avec moi.
—Ah! dit Jean étonné.
—Voilà pourquoi j'ai cru devoir vous prévenir. Vous comprenez que, dans votre position… il faut…
—Quoi, capitaine?
—Je serai franc. J'ai pensé que la police avait peut-être intérêt à vous faire espionner, et j'ai voulu que vous puissiez savoir à quoi vous en tenir.
Cette même idée était venue aussitôt au chouan. Il serra avec force la main du marin anglais, pour le remercier de cette preuve de sympathie qu'il lui donnait.
Le marquis de Kardigân comptait, ainsi que nous le savons, séjourner le moins possible en Angleterre. Il voulait quitter Londres en cachette, afin d'être perdu dans le tumulte de la grande cité et revenir se mettre aux ordres de Madame, cachée dans Nantes. Henry devant l'accompagner, il importait que les deux Vendéens se concertassent sur leur plan de conduite.
Il voulut immédiatement lui faire part de cette découverte due à l'obligeance du capitaine du Wellington.
De Puiseux, appuyé à un mât, suivait la manœuvre avec intérêt.