Le capitaine et les matelots du Wellington ne laissaient pas de témoigner une vive déférence aux deux jeunes gens. Mais eux ne voyaient rien que le sol de la France, sur lequel ils n'étaient déjà plus; n'entendaient rien que le bruit sourd de la vague, qui venait se briser contre la jetée.

Cependant, le moment du départ arriva.

Le Wellington leva l'ancre et, poussé par un vent d'est assez fort, malgré la chaleur de la température, commença à sortir du port. Alors les spectateurs restés sur la rive retirèrent leurs chapeaux.

Ils voulaient saluer une dernière fois ceux qui étaient proscrits pour avoir été fidèles.

Jean-Nu-Pieds se rappela, sans doute, qu'une fois déjà, deux ans auparavant, il avait assisté au départ d'un banni. Mais ce banni portait une couronne au front… Aujourd'hui, c'était lui-même qui partait, chassé pour avoir servi le petit-fils de ce roi…

Le Wellington filait rapidement toutes voiles dehors. Le capitaine s'approcha de Jean-Nu-Pieds, et, après avoir salué poliment le chef vendéen, engagea la conversation avec lui. Une déférence évidente perçait dans les moindres paroles de l'Anglais. Le rude marin ne pouvait qu'admirer le dévouement des deux jeunes gens, lui qui n'était pas détourné de sa conscience par de vaines et stériles questions de parti.

—Quand arriverons-nous à Brighton, capitaine? demanda Jean.

—Demain matin, monsieur le marquis. Une nuit est bientôt passée à bord, surtout une nuit étoilée comme celle-ci.

—Avez-vous beaucoup de passagers?

—Une dizaine. J'ai entre autres une de vos compatriotes qui m'intrigue beaucoup.