Déjà une première fois, à Paris, le jeune homme avait eu à lutter corps à corps contre les redoutables étreintes de la passion.
Comme toujours, en cette vie, la passion allait rendre coupable, criminel même, l'homme possédé par elle.
Mais l'honneur triomphait…
Jean et Fernande ne se serrèrent même pas la main. Elle s'éloigna, courbant le front, et il la regarda partir, le cœur saignant, le cœur brisé par la lutte, n'osant ni lui dire adieu ni la retenir…
XXVII
LE PONT DU NAVIRE
Deux jours plus tard, Henry de Puiseux et Jean de Kardigân arrivaient au Havre. Le Wellington, corvette anglaise, allait les transporter au pays de Galles. C'était le soir. Une brume légère couvrait la rive. Le ciel, étincelant et constellé, rayonnait. Les deux Vendéens jetaient un regard navré à ce sol de la France qui bientôt allait s'enfuir à leurs yeux.
Patrie! patrie! au cœur sublime, que rien ne remplace! ni la tendresse de l'épouse, ni la tendresse du père! Patrie! éternelle affection, qui inspire le dévouement sans bornes, le renoncement sans ambition!
Henry et Jean, appuyés l'un sur l'autre, se tenaient debout, au milieu du pont, le regard fixe, et comme rivés à la jetée du Havre.
La jetée était couverte. Beaucoup étaient venus là pour assister au départ des deux fameux chouans. On apercevait çà et là les têtes des agents de police qui venaient mettre ordre à la sympathie intempestive que le public aurait pu éprouver pour les bannis.