—Je vous ai mis si haut dans mon estime, dit-elle, que je ne veux point que vous soyez déchu à mes yeux. Celui qui a voué sa vie à une cause sainte telle que la vôtre, ne doit pas entacher cette cause en faisant une action contre l'honneur!

Quoi! le marquis de Kardigân, Jean-Nu-Pieds, le soldat du Roi, le héros de la Pénissière et de Château-Thibaut, mon Jean, à moi, celui que j'ai paré de toutes les grandeurs et de toutes les noblesses, celui-là pourrait accomplir quelque chose de vil? Non, c'est impossible. Voyez, moi, je vous supplie, je vous implore… Ce que vous voudrez que je fasse, je le ferai, car je vous aime… Je n'aurais pas la force de répondre: Non, si vous me disiez: Je le veux; et pourtant, c'est pour vous que je vous conjure d'avoir pitié de moi! Que l'image de mon bien-aimé reste dans mon souvenir, comme une image sainte, grandissant encore par le sacrifice!

Lorsqu'elle s'arrêta, Jean découvrit son front qu'il avait voilé de ses mains. Son visage était mouillé de larmes.

—Honneur! devoir! mots sublimes que j'allais oublier… Merci, ma Fernande, de me les avoir rappelés! Je partirai seul, mais je ne vivrai pas. Je n'en aurais pas la force.

—Vous partirez seul et vous vivrez!

—Fernande!

—Je le veux!

—C'est impossible.

—Vous vivrez, Jean! Déserter la vie un jour de désespoir, c'est aussi lâche pour l'homme que pour le soldat de déserter son poste un jour de bataille. Vous vivrez. Là encore c'est le devoir.

—Eh bien, oui, j'ai été lâche! Vous pouvez partir tranquille et calme,
Fernande, celui que vous aimez sera digne de vous.