Je vous aime! Dès la première heure où je vous ai vu, cette passion a germé en moi. Je n'ai pas même essayé de la combattre. Aujourd'hui, vous êtes seul. Votre cause est vaincue, vos biens sont confisqués, votre fiancée est morte pour vous… vous avez tout perdu… et je viens vous dire: Jean, je vous aime; Jean, voilà un an que je vis pour vous; m'aimerez-vous enfin, et n'aurez-vous pas pitié de moi?
Elle tenait le bras du jeune homme, et, succombant sous le poids de son émotion, elle s'était presque agenouillée devant lui.
—Écoutez encore, continua-t-elle. Vous savez combien j'aimais mon fils? Je l'ai à jamais abandonné pour vous suivre, pour qu'il n'y eût rien entre nous. Je vous aime! Toute ma vie vous sera consacrée…
—Je ne vous aime pas, répondit doucement le marquis de Kardigân. Mon cœur est à une autre, et il est de ceux qu'un amour suffit à remplir.
—Elle est perdue pour vous!
—J'ai sa parole: cela me suffit.
—Vous me repoussez?
—Je ne vous repousse pas. Si vous m'aimez réellement, je vous plains. Mais je ne comprends pas que vous veniez ainsi à moi maintenant, vous offrant comme une femme perdue!
—Vous ne savez pas les combats qui se sont livrés en moi! Dès que j'ai senti que je vous aimais, j'ai senti également que vous ne pourriez jamais m'aimer. L'irrémédiable obstacle était entre nous. Peut-être serais-je morte, si je n'avais voulu… M'aimez-vous? Non? Eh bien! apprenez tout! Votre mariage avec Fernande, c'est moi qui l'ai empêché!
—Vous!