—Venez, marquis, écoutez! reprit-elle. Le seul, le vrai roi de France, le descendant de Philippe Auguste et de saint Louis ne règne que sur une langue de terre. On lui a pris son royaume, son peuple et son armée. Son royaume… est une ferme; son peuple… quelques paysans; son armée, les meilleurs gentilshommes de France, mais qui ne feraient pas le nombre d'une compagnie sur le champ de parade, s'ils font dix régiments sur le champ de bataille! Refuserez-vous, vous, l'un de ceux-là, l'obéissance que je réclame en son nom, à un ordre de ce roi sans royaume, sans peuple et sans armée?

Jean-Nu-Pieds tomba à genoux, comme Fernande quelques instants auparavant.

—Oh! soyez bénie! soyez à jamais bénie, Madame.

—Marquis, je vous relève de votre serment. Votre père, qui vous l'a imposé, comme moi pardonnerait la tache originelle de cette enfant puisque je lui pardonne bien, moi! Allez et soyez heureux!… Dieu vous garde!

Elle mit la main du jeune homme dans celle de la jeune fille.

Ils baisèrent, à genoux, celle que leur tendait la princesse, et se retirèrent de cette humble chambre, où la première femme de France venait de récompenser l'un des siens par un don plus précieux que l'Ordre du Saint-Esprit ou de la Toison d'Or.

Elle les regarda disparaître et passer ensuite sous les grands arbres. Alors, seulement, cette noble princesse sentit la fatigue qui l'écrasait. Elle referma la fenêtre et murmura dans la langue italienne qu'elle parlait si bien ces deux vers d'un poëte de son pays:

O jeunesse, printemps de la vie… O printemps, jeunesse de l'année. …

* * * * *

… Jean serrait le bras de Fernande contre le sien et se perdait avec elle sous la feuillée.