—Au galop! ordonna le préfet.
Le cocher de la calèche enveloppa ses deux chevaux d'un large coup de fouet, et la voiture partit ventre à terre. Les exclamations furieuses redoublèrent, car les uns étaient foulés par le timon, les autres écrasés par les roues. Ce fut, pendant dix minutes, un concert de hurlements féroces. Enfin, quand le charivari fut terminé, quand la place resta libre, chacun rentra chez soi. La manifestation, bête comme toutes les manifestations, était finie.
Il ne restait que l'homme au regard puissant. Mais lui aussi ne devait pas tarder à s'éloigner, car un individu s'approcha de lui et lui dit:
—Venez, monsieur Berryer, Madame vous attend.
II
L'ENVERS D'UN RÈGNE DE DIX-HUIT ANS.
L'histoire est restée muette sur ce qui fut prononcé dans l'entrevue qui eut lieu entre Madame et l'illustre orateur. Il quitta la maison de la rue Haute-du-Château, où se cachait la princesse proscrite, avec la même prudence dont il avait usé pour y pénétrer. Là n'est pas notre drame. À peu près à la même heure, un homme arrivait au palais de la préfecture de la Loire-Inférieure.
Le chef du cabinet de M. Maurice Duval attendait le visiteur, sans doute, car il s'empressa de le faire entrer dans le salon réservé et alla prévenir le haut fonctionnaire.
Immédiatement M. Maurice Duval le reçut.
Nous le connaissons cet homme. Nous l'avons entrevu une première fois au ministère de l'intérieur, à Paris, quand M. de Montalivet lui servit d'introducteur.