Dans le quartier, on disait que les frères Mirliflor étaient fort attachés au gouvernement. Ulysse ne parlait jamais politique, mais Nestor, lui, ne se gênait pas pour faire étalage de ses opinions orléanistes.
Quelquefois, en rentrant, Nestor s'arrêtait chez M. Vaugros le chapelier, ou chez la belle madame Ravine l'épicière. On l'accusait même tout bas de faire la cour à l'épicière.
—J'aime le roi des Français, disait-il, parce qu'il n'est pas fier. Moi qui vous parle, il m'a serré la main, comme ça, que j'en étais embarrassé, et que j'aurais voulu vous voir à ma place, madame Ravine, car, bien sûr, notre souverain eût admiré votre beauté.
Madame Ravine se rengorgeait, rougissait, faisait la roue; alors Nestor s'inclinait respectueusement, prenait un peu de tabac dans sa tabatière, le déposait sur le haut de sa main et l'aspirait.
—Bon tabac! disait-il… Moi qui vous parle, il m'a serré la main!
Puis il s'éloignait, et madame Ravine ajoutait avec dignité:
—Un homme bien aimable, M. Mirliflor jeune! Oh! bien aimable!
On comprend que l'autorité avait la plus grande confiance dans les deux frères. Au reste, leur vie était au grand jour. Les rares étrangers qui demeuraient chez eux étaient de bons et braves rentiers. Le livre de police ne contenait jamais aucune irrégularité fâcheuse.
Or, le soir même du jour où M. Maurice Duval avait reçu une si aimable sérénade de ses administrés, les deux frères Mirliflor rentraient chez eux pour dîner.
—Est-il venu du monde, Damoiseau? demanda Ulysse au Bas-Breton qui leur servait de domestique.