A louer de suite.

Ce qui constituait à la fois un mensonge, attendu que ledit «joli appartement meublé» ne devait pas être fraîchement décoré, et une faute de français, vu qu'on ne dit pas «louer de suite» mais «louer tout de suite.» Mais il était probable que le propriétaire ne s'était guère occupé de ce détail.

Ce propriétaire, d'ailleurs, était double. Il y avait de cela un mois et demi, deux frères répondant aux noms retentissants d'Ulysse et de Nestor Mirliflor, avaient acheté ladite maison pour la transformer en appartements meublés.

Leurs papiers étant parfaitement en règle, Ulysse et Nestor Mirliflor avaient vite obtenu la permission de patente. Ulysse, l'aîné, portait une belle barbe grise; il était toujours triste, et en arrivant, avait dit à ses voisins:

—Nous finirons nos jours ici.

Nestor qui, comme cadet, portait une belle barbe noire et se montrait toujours gai, avait ajouté:

—Eh! eh! vous allez faire quelques fredaines!

Il est vrai que ces fredaines se réduisaient à d'interminables parties de jacquet qu'ils faisaient ensemble au café de la Comédie.

Les deux frères se levaient à six heures du matin, allaient se promener et allaient déjeuner, allaient au café, rentraient dîner, retournaient au café, et enfin se couchaient à dix heures du soir.

La maison était tenue par un Bas-Breton pur sang, parfaitement idiot, de taille ordinaire, mais qui ne parlait jamais qu'en bêlant comme les moutons, et qui, lorsqu'on lui adressait la parole, répondait en fixant sur son interlocuteur un regard stupide.