Sous quel prétexte arrêter Berryer?

Les affections politiques du grand orateur n'étaient un mystère pour personne. Tout le monde savait qu'il avait voué sa vie à la défense des idées légitimistes, et que son dévouement grandissait dans l'infortune.

Cela était de notoriété publique. Mais alors pourquoi n'arrêterait-on pas également M. Hyde de Neuville, M. de Breulh et Chateaubriand? Leur opinion ne faisait mystère pour personne.

Puis, là n'était pas toute la difficulté. On n'arrête pas un Berryer, malgré toutes les lois possibles de sûreté générale, sans qu'on en parle. Il faudrait déférer le prisonnier aux tribunaux, et la popularité du Démosthène royaliste était trop grande pour qu'on pût espérer le voir condamner sans preuves.

Mais le gouvernement du roi Louis-Philippe ne regardait pas à si peu.

Voyons cependant ce qu'avait fait Berryer à son arrivée à Nantes, et comment il s'y était pris pour voir Madame sans être victime de la surveillance occulte dont il était naturellement l'objet.

Nos lecteurs se rappellent que Madame se cachait chez mesdemoiselles Deguigny, au numéro 3 de la rue Haute-du-Château. Presque en face du numéro 3, la maison du numéro 6 se dressait, calme et tranquille, ainsi qu'il convient à une honnête et bourgeoise maison de province.

Sur la porte de cette demeure pendait un écriteau jaune, sur lequel les passants pouvaient lire:

JOLI APPARTEMENT MEUBLÉ

Fraîchement décoré,