—On vous avait dit d'attendre, continua le prétendu Nestor… Bon tabac! moi qui vous parle, j'ai eu l'honneur insigne de serrer la main de Sa Majesté le roi des Français!…
III
LES DÉGUISEMENTS
Berryer comprit aussitôt qu'il était avec des amis. Peut-être fût-il resté quelque temps sans les reconnaître, si Nestor Mirliflor n'avait fermé avec soin la porte d'entrée, fait tomber les rideaux sur la fenêtre, et, alors, retiré sa fameuse barbe noire.
—Vous! de Puiseux!
—De Puiseux! moi? vous plaisantez, monsieur Berryer! Je ne suis que
Nestor Mirliflor, frère cadet de Ulysse Mirliflor! Mirliflor junior,
Nestor Mirliflor junior.
Nos lecteurs ont déjà reconnu, sans doute, le frère aîné, grave et triste toujours, et qui portait sur son visage une ombre de mélancolie profonde. C'était le marquis de Kardigân.
—Cher monsieur, dit Henry de Puiseux au grand orateur, Madame vous recevra dans une heure seulement. Donc, jusque-là, nous avons parfaitement le temps de causer un peu. Laissez-nous vous raconter en quelques mots notre histoire. Cela nous servira d'excuse pour la comédie que nous venons de jouer…
—Et où vous m'avez donné un rôle, dit Berryer en riant.
—Faut-il vous expliquer, pourquoi? Je dois d'abord vous déclarer que j'ai agi malgré M. de Kardigân. Mais je lui ai prouvé que c'était une épreuve nécessaire à laquelle nous n'avions pas le droit de vous refuser… Si vous, vous ne nous reconnaissiez pas, qui donc nous reconnaîtrait à Nantes?