Un bruit de pas se fit entendre à la porte. Puis trois coups furent frappés à intervalles inégaux. C'était un signal. Henry courut et ouvrit.
Le nouveau venu portait une ample redingote qui tombait sur ses talons.
—Monsieur Berryer, voici également un des nôtres, continua le jeune homme. Je l'attendais, car il va nous renseigner sur certaines menées dont j'ai peur.
C'était Aubin Ploguen, Aubin, le héros sublime de tant de grandes actions.
—Mais, d'abord, reprit Henry de Puiseux, voici ce qui se passe. Il y a un mois et demi, M. le marquis de Kardigân et moi nous sommes revenus de Londres, suffisamment déguisés pour qu'on ne nous reconnût pas. Nous avons acheté cette maison. Savez-vous pourquoi nous nous sommes affublés de ce nom grotesque de Mirliflor? C'est uniquement parce que jamais ce nom-là ne pourra passer inaperçu. Comment voulez-vous supposer que des gens soient assez fous, voulant se cacher, pour s'appeler Mirliflor?
—C'est assez bien raisonné, dit en souriant Berryer.
—Nous voici donc à la tête d'une maison meublée, M. le marquis de Kardigân et moi. Il fallait songer à nous pourvoir de locataires, ces locataires, en voici un. Vous avez entendu parler du chouan Ploguen, de ce paysan légendaire qui valait presque une armée à lui tout seul? Le voilà!
Berryer tendit silencieusement la main à Aubin, qui la serra.
Le signal se répéta à la porte. Henry de Puiseux renouvela son manège.
Un des autres bourgeois parut:
—Voici un second locataire, continua Henry en riant… Vous avez entendu parler aussi, monsieur Berryer, de ce vieux Gouësnon, qui ne sachant lire que dans son missel grossier, est toujours resté fidèle à la croyance des anciens Bretons? Gouësnon, comme Aubin, comme ce gars, grotesque lui aussi, sous son nom de Damoiseau, et sa mine idiote, comme trois autres encore, nous attendons ici que Son Altesse Royale ait besoin de nous!